LES POUILLES | Otranto, Lecce et Alberobello

Je ne pouvais pas éluder une région qui compte autant d’oliviers que d’habitants. Les Pouilles. Aride mais magnifique.
On compte 30% de chômage et une sorte de pauvreté s’exhibe, on voit le long des routes ces embryons d’immeubles dont seule la carcasse a été érigée avant d’être vouée à l’abandon par pénurie de fonds. Herbe jaune et fers à béton.

On part de l’éperon austral. Sur la côte Est du Salento et si proche de l’Albanie, Otranto cache derrière ses épais murs liliaux des racines helléniques, des exhalaisons de miel et des artichauts qui marinent entiers dans l’huile.
Le bonhomme de l’office du tourisme et ses santiags brillantes peut accessoirement vous déposer en voiture au milieu de rien près de la Baia dei Turchi, fameuse pour son eau turquoise, la pinède aux aiguilles latines et les falaises où des grottes cyclopéennes ont été creusées par la houle.

Les Ferrovie Statali se sont énormément améliorées et n’annoncent plus des retards de 13 heures comme il y a 15 ans. Certes on démasque encore quelques gares de campagne où l’aiguillage des rails se fait au moyen d’une grosse manivelle. Par la fenêtre sablonneuse, on aperçoit une dame surgir, agripper le manche et l’embobiner à grands fracas. Juste de quoi nous faire bifurquer direction Lecce, la «Florence du Sud», oriflamme du baroque.
Il ne faut pas manquer de donner sa chance au «rustico», ancre de la gastronomie «da passeggio» que vend tout bar ou rôtisserie et qu’on attrape à la hâte dans le vrombissement du percolateur. Deux lunes de pâte feuilletée d’environ 10cm de diamètre lesquelles retiennent avec peine une farce aux tomates, mozzarella et béchamel. La finesse n’est guère de mise mais on se laisse séduire par une pointe de muscade. Et par les vétérans qui se signent en passant à vélo devant chaque église.

Un brin plus au Nord, parmi les figues de Barbarie que l’on cueille à même le cactus tout en sachant qu’elles cèdent d’infimes piquants aux mains et aux lèvres, nous accédons au monde sibyllin des trulli.
Beaucoup de ces habitations à toits coniques ont été reconverties en structures hôtelières, surtout à Alberobello où des cargaisons de vacanciers investissent la fraîcheur calcaire sous les «chiancarelle» montées à sec, fanent la grâce de la «serraglia» et du pinacle zénithaux. Un bras d’honneur au patrimoine de l’Unesco et pas le temps de voir les symboles primitifs, chrétiens ou cabalistiques qui ornent les galets.
Je honnis ces ignares, je m’arrête devant une faucille et une croix, le désir d’être un gnome me prend puis je repars entre les pierres à chaux à la recherche d’ «orecchiette alle cime di rapa». Certains argumentent que la forme de ces pâtes de blé dur typiques s’inspirent de l’architecture vernaculaire, pour moi ce sont de petites oreilles lascives rendues grivoises par des pousses de navet et trois anchois en saumure.

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