STOCKHOLM | Norrmalm et Östermalm

Non, ce ne sont pas les boulettes de Ikea qui m’ont incitée à partir pour Stockholm mais la dentelle baltique.
Cela faisait si longtemps que je voulais vivre et humer les quais de Strangvägen, voir la croix jaune sur bleu claquer devant un chapelet ininterrompu de façades roses, scandées par des églises aux pierres d’angle saillantes et toits de cuivre oxydé, ces ferblanteries presque orthodoxes crevant le ciel vif des matins de septembre.
Pendant que je suis avec le doigt les limbes du lierre carmin, lézard hétérophile contre la chaux, des roues de vélo strient les triangles noirs et blancs de Sergels Torg, les gerbes spumeuses des fontaines se font balayer, le vent se lève et ma casquette s’envole. Je ne la retrouverai jamais. Puisque l’air est cru, on s’enfile à l’intérieur d’un café où la cardamome des «kanelbullar» se fait rassurante. On n’est guère loin de vouloir s’enrouler tout entiers dans ces escargots briochés.

Nous perforons ensuite le portail prodigieusement médiéval du Östermalms Saluhall. Dans le quartier homonyme, ce marché couvert est une véritable caverne d’un Ali Baba viking. Depuis 1888, il abrite une vingtaine de restaurants, bars et comptoirs tels des drakkars à la proue chargée de mûres arctiques fières d’acide benzoïque, d’oies, de genièvre et d’angélique officinale, de champignons et de fromages alvéolés.
Une constellation de falots ainsi que quelques chandeliers ponctuent les vastes voûtes de fonte et de verre en toiture, les pinacles et cette brique intense du comté de Skån. Outre la narine en virgule d’un élan, lequel semblait arborer un sourire débonnaire au moment du coup de feu, et maints gaillards trophées de chasse sur leur plaquette en chêne, des numéros ornés de bois foncé définissent chaque stand et les noms des commerçants se détachent crânement: Lisa Elmovist, Fågel&Vilt, Willy Ohlsson Eftr, Birgitta Åhs Fiskaffär. En admirant les diacritiques, on se questionne sur la prononciation des mots qui résonnent comme une armada de trolls joueurs de luth.
Entre les bancs de homards et les tourteaux épineux, épuisés, empilés les uns sur les autres et dont certains agitent encore deux pinces dans une dernière tentative de manifestation, les nappes sont tendues, des messieurs en cravate commentent un vin aux fleurs de sureau. Tous s’apprêtent à braver d’interminables queues, «ursäkta !», les gens essaient de se faufiler mais une meute d’estomacs gronde d’impatience marine. Sur les faïences, sont servis des plateaux de coquillages ou de harengs que l’on peut choisir infusés, fermentés, frits ou poêlés et qui s’arrosent d’aquavit, une eau-de-vie fabriquée à base de pommes de terre et épicée. On trouve aussi du «gravlax» dans une sauce au sénevé. Les assiettes de saumon fumé pourraient aisément être clouées aux murs du «Moderna Museet», la chair couleur corail, fabuleuse, aux imperceptibles sillons virginaux sous une aigrette de fenouil bâtard et un soupçon de mousse au raifort.

Les employés de Ericsson, divers leaders mondiaux de l’électroménager, des financiers et une bonne quantité d’entrepreneurs dans la haute technologie pressent des citrons puis déciment un toast à peine doré, mastiquent vite, parlent fort et consultent leur montre, il faut bientôt retourner au travail.

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