STOCKHOLM | Skeppsholmen et Djurgården

Nous passons sous les porte-à-faux de Rafael Moneo au Musée d’Art Moderne. Parmi les œuvres de Marcel Duchamp, Picasso, Dalí, Niki de Saint-Phalle, flotte encore le fantôme de «Hon/Elle», cette demoiselle colossale de 28 mètres de long, qui, couchée sur le dos avec les jambes écartées, a laissé en 1966 des milliers de visiteurs lui pénétrer les entrailles.
Au creux du parc, les autres «Nanas» nous exhortent à rallier Djurgården en bateau avant de replonger leurs maillots lignés dans des bassins cliquetant de nouveau réalisme fribourgeois.

Les feuilles de l’automne se crevassent sous les cuissardes griffées des augustes blondes. Celles qui ont l’échine droite comme les gardes du Palais Royal et vivent toute l’année à bord d’une péniche aux parquet et vaigrage en teck. S’allongent parfois sur les couvertures berbères, les bergères en rotin du pont et grignotent une tige de persil du bout des dents.

Au cœur de l’île, les anciennes serres du roi ont été reconverties en un complexe dit biodynamique comprenant café, boulangerie, magasin de plantes et «garden shop».
Le verger compte une centaine de pommiers, des vignes et des roses rares. Le Rosendals Trädgård est né et nous ne savons plus si nous aurions pu vivre sans.
Carpelles et étamines folâtrent à souhait. On se trouve totalement en phase avec les rythmes lunaires, on achète des herbes, des bulbes et de la silice de corne, retourner la terre voire en asticoter le ver n’a jamais été autant séducteur. Des choux frisés, des poireaux, des Golden, des Gala et des Granny Smith disparaissent dans les sacs en coton équitable. Le crâne jaune et le cul vert à l’instar d’un bobtail, aux scrofules laiteuses ou excroissances orange pareilles à des robes de bal en cire, les courges se sont pendues, suicide rapide qui précède la mise en tarte.

Le menu change quotidiennement selon les variations de saison. Il promeut les produits des fermiers et producteurs «KRAV», label qui joue un rôle clé dans le marché organique suédois depuis 1985. Tous les matins, les jardiniers déposent en cuisine des légumes frais et envoient au diable les intrants.
Sous les couronnes d’airelles, la buée se colle aux vitres et la peinture s’effrite un peu. Des bougies sont bien plantées dans leurs volutes de fer forgé et la file des épicuriens dominicaux exsude.

L’ardoise clame à la craie une salade de betteraves, une omelette avec crème fraîche et oignons grillés ou un bol de soupe accompagnée de trapues tranches d’un pain qu’ils ont cuit sur des bûches de bouleau dans leur four en pierre et qu’on tartine de beurre sans vergogne. Avant d’arriver aux caisses, on a l’occasion de frôler une longue table garnie de desserts et perdre plusieurs fois la tête. Sous les cloches de mousseline métallique, des gâteaux aux noix suant un caramel mordoré appellent à la décadence et nous sommes beaucoup trop faibles pour ne point embarquer également une tourte aux fruits.
Il reste des places au soleil, assis entre un col roulé de mérinos et un caban lustré, il sera difficile de ne pas croire en quelque divinité. Saint-Olof, Saint-Knut ou un autre.

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