NEW YORK | au musée

Bien sûr il y a eu le Moma. La beauté dans le déclin, les relents plus douloureux que doucereux d’une fabrique à gâteaux et mes expressionnistes d’Europe du Nord, les abdomens écorchés de Kokoschka et autres pubis décharnés de Schiele. Et Francis Alÿs qui déplace des montagnes au Pérou.
Bien sûr il y a eu le Guggenheim. Un soir de pluie. Hélix lilial qui nous élève.
Mais il y a surtout eu le MET. Quelques notes de blues puis le grand, le très grand, l’immense Alexander McQueen.

Le parcours initiatique débute entre des murs de béton propres de décoffrage avec une collection grave, la sobriété des pans, asymétriques, sous lesquels le styliste glissait une mèche de ses cheveux. Signature scellée dans un rectangle de Perspex, la mémoire des prostituées victoriennes. Rangées de boutons presque martiales et à même les étoffes, le Christ crucifié, du sang coule sur les rabats. Puis l’érotisme des reins qu’un pantalon volontairement bas révèle.
On passe ensuite dans l’univers gothique de Dante et d’Edgar Allan. Les accessoires sont une ode au sadomasochisme, Alexander fait appel à un scientifique fou, lequel découperait des demoiselles en morceaux et les mélangerait afin de reconstruire des organismes disparates, pour cette robe composée de lambeaux maroquinés croisés. Le génie du couturier luit sur les plumes de faisan vermillon ou celles dorées, engommées et amidonnées, lesquelles laissent exploser un tulle ivoire sale à la hauteur du genou, dans les orbites creuses d’un crâne de vautour en résine, les phanères de canard, une colonne vertébrale argentée accrochée au gilet et la soie d’une toile de parachute. Une forte sexualité exsude de ces masques de cuir noir qui couvrent le visage, n’offrant comme seule chance qu’une fermeture éclair au niveau de la bouche. Grillages synthétiques, sequins et jacquard où l’hérésie et le mysticisme de Jérôme Bosch ont été tissés. L’enfer éternel invite, obsession du péché. J’aime les poils de chevaux, brodés avec des gouttes de jais, la faille, les jute et taffetas. Je connais les émaux. Et l’émoi moiré en entrant dans la troisième salle, the «cabinet of curiosities».
De casiers sombres poindrent des orgasmes féminins et le concerto pour violon n° 3 de Mozart. Hardiesse élégiaque, romance brutale, recherche implacable de la perfection d’un jardin chinois, des piquants de porc-épic peints, des serres de galliformes aux oreilles et des perles grises de Tahiti. Une calandre magique me lustre la moelle et la Dame Bleue fond en larmes devant un essaim de papillons.
En parallèle, la Sarabande de Georg Friedrich Haendel scande le viol des Highlands, un conte de fées onirique, la chimère des tartans voilant à peine des mannequins blessés.
On voit des noctuidés voleter autour du corps nu et obèse d’une voluptueuse, tel un écho au «Sanitarium» de Joel Peter Witkin. Et le romantisme primitif d’embaumer des cornes d’impala, des bois de cerf, voire une tête de crocodile empaillée sur une veste de jeans blanchi. Qui d’autre eût pu se permettre l’insertion de lombrics dans un corsage en plastique moulé, des crinolines de métal, de la boue séchée, ce harnais de python, 260 mètres d’organza? Et les fleurs fraîches cousues qui se fanent puis s’émiettent? Alexander les a utilisées car elles trépassent.
«Things rot». Et moi j’ai compris.
J’ai saisi la mort en hologramme et la magnificence sauvage.

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