NEW YORK | Williamsburg

Des plus ravissants est le fait que les rabatteurs d’attractions touristiques ne s’adressent jamais à moi, les passants vont jusqu’à me demander leur chemin dans la rue. Je suis «part of it». J’ai d’ailleurs assez vite commencé à traverser au rouge.
Ce matin, je me rends compte que quelque chose de sournois se trame dans la bouche de métro vers laquelle je me dirige. Plusieurs voitures de police sont stationnées au carrefour, des brancardiers me bousculent et des cris résonnent dans les entrailles de la 51ème. Je n’ose pas m’approcher des quais, les passagers scrutent tous en direction de la tourmente. Je recule. Je ressors. Trois camions de pompiers sont arrivés et autant d’ambulances. Les badauds que j’abhorre sont évidemment là, soudain j’entends dire que les trains sont suspendus car quelqu’un s’est jeté sur les rails.
A de rares secondes près, on aurait sauté à la hauteur de mes sandalettes. Alors je me questionne. Comment les gens peuvent-ils être si tristes?

C’est sans réponse que je gagne Williamsburg. C’est avec des glaçons que je prends un black coffee à la Brewery homonyme.
Le goût de l’arabica est extrêmement prononcé et je froisse la serviette comme ces jeunes mamans en jupettes. Fumet précurseur de ce qui vient ensuite. Le Farmers Market.
Sur fond de terre battue, j’ai pactisé avec le monde. Mes pulsations cardiaques accélèrent et les enfants de la diaspora s’alanguissent tels ces «bialystoker kuchen», des petits pains polonais au centre desquels une dépression déborde d’oignons émincés. Les cœurs balancent entre sodas aux myrtilles ou au basilic thaïlandais. Le choix embarrasse parmi les oeufs heureux de Brooklyn, le beef jerky nourri au gazon, brûlure du Quechua et souvenirs californiens, ces «pupusas» du Salvador faites de maïs braisé, façonnées à la main et farcies de diverses curiosités, la limonade de lavande, des doughnuts à l’hibiscus, des sandwiches à l’omelette, au quinoa, roquette et pédoncule d’ail, des «mafaldine» complètes, des macarons au caramel salé ou amandes grillées, des madeleines à la marmelade, des brownies au double chocolat de Madagascar, moult granitas au gingembre, des crumbles, des tartes aux pacanes, des huîtres. Ces paires de gaufres pinçant une glace. Du ketchup, du tempeh.
Sur les tables, des nappes carrelées. Sous les panamas en pied-de-poule, des crins mauves, sous de grosses lunettes, les pupilles comblées d’un dimanche après-midi et sous les tatouages, le tégument blême.

J’avais attendu longtemps, je l’ai eu. Mon «lobster roll». A la manière du Connecticut, sans mayonnaise mais enduit de beurre liquéfié et une touche de paprika. La mie est briochée, rassurante à souhait, tandis que les fragments de homard sont trapus et denses, tachetés comme une couperose océanique. Charnus, subtils, déconfisant la tranche de concombre au vinaigre. Avec, de l’autre côté de la East River, la vue sur le Chrysler Building.

La Bedford Avenue est fermée au trafic. Sont aménagés cours de yoga et parties de scrabble géantes, les pièces d’ardents créateurs émergent. Une babydoll en imprimé vichy enroule des bigoudis autour de mes idéaux, mes espoirs vintage, ces meules croûteuses et même les nonnettes de Dijon.

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