NEW YORK | Brooklyn

J’ai traversé le Bridge à pied, secondé des touristes ibériques dans leurs clichés prévisibles. Au Dumbo General Store, j’ai commandé une tarte aux artichauts, j’ai reçu une frittata aux courgettes. Je n’aime pas les frittate. Mon voisin de banquette m’a expliqué combien vaut un «dime» ainsi que la géographie détaillée du quartier. Il n’a point hésité, en parlant, à compresser contre mon bras les poils abondants du sien. J’ai eu envie de demander l’addition.

J’ai longuement cherché la Brooklyn Heights Promenade sans jamais être trop sûre de l’avoir manquée, j’ai fait trébucher une petite fille, elle s’est mise à hurler et j’ai décidé de descendre sur Coney Island.
Dans le métro, il y a toujours un afro-américain avec des écouteurs qui gratte un sac de plastique roulé en boudin telle une guitare ou s’improvise une batterie en tapant sur les sièges et en chantant à la ronde. Puis ponctue le refrain par des «once more» avant d’ajouter plusieurs variations chorales.

La Wonder Wheel, illustre dame quasi centenaire, balance ses deux mille tonnes dans le ciel gris, tandis que le Cyclone Roller Coaster darde quelques exhalaisons de moules et de friture. La mer est noire, un vernis outrancier hachure les pommes d’amour.
Les cabanes débitent des saucisses de Francfort, des épis de maïs au sel, du bœuf haché en feuilletés et des «funnel cakes» – gaufres typiques suintantes de vieille huile. Je vois un certain romantisme dans ces louanges au burger, sa décadence. Les gens sont joyeux, les gens sont gros, les gens sont en shorts quand même.

Il y a 95 ans, un immigrant allemand a rendu le chien chaud fameux en ouvrant ici le légendaire Nathan’s, lequel revêt désormais une notoriété notable, grande et majestueuse comme une raie de fesses. L’établissement organise, chaque 4 juillet, un «International Hot Dog Eating Contest», dont un énorme panneau brandit les derniers scores en date: 410 pour Sony Thomas, 680 pour Joey Chestnut. Un compte à rebours électronique décime les secondes jusqu’à la prochaine compétition.
Le divertissement suprême est roi. On peut contempler des mangeurs de couteaux, de criquets ou de cigarettes allumées, des géantes véridiques dont les maillots de bain sont faits en pelage de girafe. Et exterminer des clowns.

Sinon, aux prémices de l’été, on a la chance d’assister à la Mermaid Parade, qui, depuis 1983, célèbre les félicités de la plage, coquillages ou crustacés. Bijoux et paillettes sur les contours adipeux. Neptune ainsi que d’autres créatures marines fanfaronnent en direction du rivage puis jettent des fruits dans la mer pour apaiser les dieux.
Ce jour-là, c’est le Puerto Rican Day, un groupe de caribéens gesticulent sur le lattage du «pier». Les faux ongles, les lunettes à diamants et cette étoile dans un triangle saphir se dandinent en «pasitos».
Je sens pour ma part, l’irrépressible nécessité de quitter les lieux.

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