GENOVA PER NOI | les gens et les étals

C’est ça Gênes, le chaos, la poussière, les putes colombiennes qui attendent de quoi se payer une glace dans la Via della Maddalena. Plein de « dreadeux » se passent des bières qu’ils renversent en rotant, un peu sur les marches splendides d’un palais baroque, un peu sur la croupe de leurs chiens pouilleux. Les bâtards leur tiennent chaud la nuit quand il vaut mieux rester dehors que de rentrer chez des petits bourgeois de parents, des avocats, des industriels ou des mafieux, fouler leurs sols de mosaïques.
Mais il y a aussi des femmes brunes, magnifiques, vaporisées de loin par les énormes fontaines de la Piazza Ferrari et autant de « fighetti », les petits mignons qui se la gominent. Même les ouvriers ont parfois des T-shirts roses et minuscules, un bracelet par-ci, une paire de Ray-Ban par-là.

Et bien sûr les « nonne », mes ambassadrices de prédilection, avec le coude mou, le cabas et une robe à fleurs. On  ne la leur fait pas. Elles vont droit au magasin de charcuterie, il y a une offre sur les côtelettes de porc. Avec l’accent du coin, elles commandent de la coppa pour toute la famille et repartent en claudiquant, même dans des chaussures orthopédiques, leurs pieds calleux annoncent déjà les chrysanthèmes d’automne.

Je n’ai pas leur efficacité et me pavane devant l’étalage, ça m’angoisse presque de penser que je ne pourrai jamais vivre assez longtemps pour tout goûter. Je suis devant l’autel : des aubergines grillées puis marinées, des poivrons farcis, des tartes aux légumes verts, des rouleaux de mozzarella et saumon fumé, du pecorino ligure et d’autres chèvres dans des manteaux d’herbe, des tresses de mozzarella des Pouilles à en faire pâlir de jalousie Italo Calvino, des burrate empaquetées dans des feuilles et conservées dans une sorte d’eau laiteuse, des petites tommes qu’ils servent parfois grillées, avec ou sans lard, du stracchino affaissé et des caciocavalli éventrés, du provolone et du Grana Padano extra. Plus loin, se chevauchent de la bresaola, des cuisses de cochon et du salami que le vendeur au chapeau blanc fourre dans un petit pain frais à la demande, des mortadelle qui vous font des tranches grosses comme des 33 tours, du lapin piémontais, du jambon cru à la croûte si noire qu’on le croirait cendré. Et sur les rayonnages en bois, on trouve aussi des pâtes d’amandes, des pandolci briochés qui rivalisent d’anis vert, des tartes à la confiture, les inconditionnelles trofie, des câpres, de la crème d’olives, du limoncello.

La balade ne s’arrête pas là, il faut franchir les portes du Mercato Orientale ou s’attarder devant les étals aux poissons, compatir avec quelques saint-pierres que des poulpes visqueux enlisent à déborder sans vergogne de leur carton en polystyrène expansé et cligner des yeux devant l’argent scintillant des anchois à la gueule encore étonnée. Quelques escargots de terre vivants tentent une escapade organisée mais c’est moi qui m’enfuis.

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