MARSEILLE | chocolat, loukoums et bouillabaisse

Nous atteignons le quartier historique, qui a connu plusieurs vagues d’immigration et pullule de casquetteux avec le pantalon à mi fesse, qui jurent sur la tête de leur mère. Contre certaines des façades ocre, entre les falots, une plaque oxydée précise qu’il y a du gaz à tous les étages.
On s’insinue dans l’exiguë Chocolatière du Panier, dont la devanture est placardée de journaux jaunis, coupures d’articles, publicité pour le Cinzano, icônes de la Vierge et de Claude François. Sur des étals plutôt frustes, des barres pralinées aux cerises, au calisson, aux figues ainsi que des lames qui sont grossièrement cassées et vendues au poids, lait aux noisettes et fruits rouges, noir au pamplemousse, blanc constellé de pistaches. J’imagine des cabosses, des fèves, la purification des jeunes enfants maya par le cacao, les Criollos intenses du Mexique ou du Nicaragua puis, parmi les 300 parfums à choix, je m’aventure à goûter le chocolat aux oignons. Il faut avouer que la hardiesse n’est pas toujours récompensée, l’expérience est peu probante et la déesse de la fertilité Xochiquetzal file se rhabiller.

Un cinquième de la population est teintée d’Orient. Du côté de la Canebière, les ombres des femmes voilées glissent entre les tours. Sur au moins 18 étages, ces sortes de piluliers sont chargés de vélos, de lessive, d’antennes paraboliques. Un algérien buriné fume la chicha après les courses au Monoprix. Ca embaume l’eau de rose et l’arabesque. Echoppes de pâtisseries maghrébines et salons de thé se succèdent, une menthe fraîche pour accompagner maintes cornes de gazelle, des loukoums et autres dattes fourrées.

Et il ne faut bien sûr pas manquer la bouillabaisse. On nous amène d’abord le bouillon dans lequel ont cuit les poissons de roche, les serveurs suent une frénésie toute hôtelière et s’agacent en occitan avant de couvrir notre nappe de moult paniers en argent : des tranches de pain grillées puis huilées, de la rouille, du fromage râpé et au moins 7 gousses d’ail entières. A chaque convive le soin de concocter ses croûtons, petits navires safranés.
Arrive ensuite un plateau de poissons entiers qui sont découpés sur le champ: rascasse, vives, rougets grondins, congre en tranches, saint-pierres. Certains rajoutent des pommes de terre, chacun croit que la sienne est meilleure, tous exultent de fierté.

A 4 heures du matin, sur les quais du Vieux Port, les chaises de ces restaurants ordinairement si peuplés sont retournées sur les tables, seuls quelques clochards sommeillent dans des vapeurs d’alcool tandis que les rats détalent en direction des barques. Un taxi me conduit jusqu’à l’aéroport et j’ai juste encore le droit de me faire appeler mistingette avec ce « e » final traînant.

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