BANGKOK | entre Siam Square et le Wat Pho

Le mall Siam Paragon pullule. «The Pride of Bangkok». On y décèle toutes les prestigieuses marques du monde, Ferrari, D&G, Agent Provocateur, un aquarium, des ongleries, plus de 15’000 m2 de rayons alimentaires, des collections limitées de joaillerie, des chaussures, une pléthore d’accessoires et de couture milanaise, décoration et technologie.
De nombreux escalators posés tels des mikados percent les atriums circulaires, baignés de lumière artificielle. Peu d’indigènes ont les moyens de s’offrir quoi que ce soit mais ils s’y baladent, exhibant des lentilles oculaires azurées et des faux cils recourbés, fuyant le soleil perçant qui leur donnerait un teint trop agraire. Au rez-de-chaussée, un karaoké s’improvise, des femmes plus élancées que la normale et très minces sont perchées sur des talons chimériques et suivies par des hordes d’étudiants dont l’acné redouble de purulence devant l’excitation générale. Ce sont peut-être des célébrités régionales.

Le Chayo Praya Express Boat, pour se rendre du Nord au Sud le long du Mae Nam Chao Phraya, vaut le méandre. L’embarcation est bondée, principalement de locaux qui font mine de dormir ou parlent dans leur téléphone en se couvrant la bouche d’une main. On croise des barques bariolées avec des colliers de pétales attachés à la proue, les fronces bistre butent contre les pilotis des baraquements qui scandent les berges. On voit défiler des sanctuaires parsemés sur les deux rives, les 130 années glorieuses du Mandarin Oriental puis une église portugaise.
Nous descendons à la hauteur du Grand Palais et traversons un marché de poissons séchés. Sont empilés sur du papier journal, dans des caissettes en plastique, des filets au dos épineux, pourpres ou striés de jaune, aux ourlets diaphanes et cassants, des espèces d’étoiles rugueuses, cannelées, dont seules deux minuscules orbites rapprochent du règne animal ainsi que des sèches entières, scellées les unes aux autres par la déshydratation et que l’on semble pouvoir rompre selon le pointillé à l’instar de ces pièces de modélisme en kits.

Le Bouddha couché du Wat Pho est le plus imposant de Thaïlande. 46 mètres d’ascension au nirvana, la béatitude éternelle.
J’absorbe mes premiers émois à la vue des tuiles ocre et émeraude, les menuiseries rouges, les incrustations de nacre, les mosaïques et ces fleurs de lotus exquises, escarboucles ciselées, miroitantes, dont j’adorerais me faire un pendentif.
Une cérémonie est en cours, nous patientons dehors, les pieds nus sur le marbre chaud. Les feuilles d’or volètent, se fragmentent en une poussière divine puis l’on en retrouve des grains collés sous nos orteils. Et des moustaches de pierre nous saluent à la nuit tombante.

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