BANGKOK | immersion

Krung Thep. Aussi connue comme la ville des anges ou «the Big Mango» pour être le pendant tropical de «La Grosse Pomme».
C’est d’ailleurs par une drupe de mangifera indica qu’a commencé l’aventure, posément tranchée en morceaux de taille identique par la domestique et alanguie en éventail sur une assiette. Sa lueur orangée vacillait dans l’air conditionné d’un gigantesque appartement d’expatrié, au cœur du quartier aisé de Sukhumvit.
J’ai laissé plusieurs heures léthargiques s’allonger sur un canapé de facture contemporaine avant de me lancer l’âme la première dans les artères intenses de la capitale, ce fourmillement hallucinant, son vrombissement moite.

Samedi matin, des troupeaux s’enfilent dans le BTS Skytrain, serpent aux couleurs du drapeau, flèche sur-climatisée, qui darde le centre congestionné de la métropole. A bord, il ne faut pas boire, il ne faut pas manger, il ne faut surtout pas se déplacer quand figé devant la porte, on empêche les passagers irrités de sortir.
A survoler ainsi la termitière, on réalise son hétéroclisme bourdonnant. Un puzzle improbable. Une succession ininterrompue et surréaliste de maisons basses, entassées, aux façades grillagées et colonnades néoclassiques de plâtre piètre sur des balcons lépreux, des antennes paraboliques, du linge qui sèche dans les brumes halitueuses et polluées, des réservoirs d’eau sur les toits de tôle ondulée, soudain de hauts buildings dressés au loin, un temple, deux temples, incommensurablement plus de salons de massage que d’arbres, de monstrueux Kentucky Fried Chicken, Carrefour et Tesco, la 3912ème enseigne du 7-Eleven – où, accablés par tant de mets épicés, on aime acheter quelques biscuits secs. Les mannequins des publicités ont le tégument blanchi et des yeux ronds sous une frange tout orientale, noire, lisse et brillante, à chaque coin de rue un autel regorge d’offrandes -souvent des bouteilles de Fanta ouvertes où l’on a planté une paille. Ici personne ne rive les lèvres au goulot alors Bouddha non plus. Mes pupilles scannent en zigzags ces piliers porteurs obliques à faire s’effondrer de ridicule la Tour de Pise, des poubelles éventrées et autant de chiens errants, des bananiers aux palmes éreintées, tout à coup les bâtiments futuristes de l’université – sorte d’écho asiatique à Liebeskind – des caissons de ventilation, la rivière sale où les habitants des masures font leur vaisselle, des moines, des écoliers, des scooters aux plaques Hello Kitty, partout des stands de nourriture et de la fumée porcine, encore des enchevêtrements de fils électriques, l’effigie du roi imprimée sur une bannière d’environ 20m par 20, hissée contre un immeuble et des concessionnaires automobiles surveillés par le portrait souriant de la reine que tous trouvent sexy sans oser le dire sous peine d’emprisonnement, des murs pastels, à carreaux bleus ou lignés de jade, des bus multicolores, comme tatoués de vouivres, et des taxis aux carrosseries pétulantes dont les fenêtres sont couvertes de pictogrammes interdisant boissons, armes, bêtes, coïts et tabac, des marchands de rien, un vendeur ambulant de plumeaux, en bordure de route, à l’écart de tout, ou sur une table claudicante: trois types de whisky au fond de lourdes amphores en verre, fluide ambré qui est transvasé dans de chétives fioles contre une poignée de billets.

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4 commentaires pour BANGKOK | immersion

  1. lewerentz dit :

    Eh bien, quel voyage ! ça devait être passionnant; ça me fait envie, en tout cas !
    Et tes textes et photos sont incroyables, je suis sciée. Bravo !🙂

  2. lewerentz dit :

    Lire ne demande aucun talent; écrire et photographier comme tu le fais, oui !

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