CHIANG MAI | le marché Talat Warorot

Au Talat Warorot s’alternent des «kiap moo» – ces couennes de porc frites qui s’apparentent à de longues chips recourbées et livrées en vrac ou dans d’énormes sacs transparents, des gousses d’ail déjà pelées, tous types d’aromates, des mottes de curries pâteux, compacts, des épices. Une femme extirpe les nerfs d’une tête de cochon dépecée, on jurerait que ledit verrat sourit. Je pâlis. Un moine passe.

Au sein du marché, quelques tables et chaises de fortune, une famille mange des soupes. D’un panier sur la toile cirée, saillissent du basilic thaï, des pousses de soja et de la moutarde tubéreuse saumurée avec lesquels assaisonner est un loisir.
Je ne peux qu’immortaliser des œufs roses, des piments secs ou en lamelles, des saucisses pansues, entrelacs intestinaux comme autant de tubes rouillés, des concombres boutonneux, du galangal et du gingembre, du chou, du pak choi, des kilomètres de haricots aux ailettes dentelées, des fruits de la passion regroupés par vingtaines pour un prix risible, des liserons d’eau, dont les feuilles pointues et délicates ne demandent qu’à être sautées, ces coques rêches de tamarin, des vallons de riz, des tripes et des petites pochettes de sang, des pieds de gorets, des poivrons, des gerbes de civette, des cosses plates de «parkia speciosa». Dans leurs rubans presque translucides, légèrement entortillés, se dessinent les graines potelées, ogives vert vif dont l’odeur singulière, similaire au méthane, envahit l’orifice buccal et le corps où elle sait s’attarder. J’enfile un index entre des bulbes de lis, aiguilles ambrées, appelées «lilium davidii», que les chinois en particulier cultivent, sèchent et vendent au rayon du luxe.

En traversant le modeste Chinatown local, je songe. Tandis qu’autour de moi, ça roule de toute part avec un masque sur la bouche.
Le port du casque en revanche semble interdit sur les vespas où il faut d’ailleurs asseoir un maximum de personnes, quatre générations confondues, et les feux de signalisation ont le plus souvent une pure valeur décorative. Dans les taxis, la ceinture est là, par contre aucune trace de ce menu engin généralement noir et pourtant si pratique qui sert à boucler le dispositif.
Peu importe, ils accélèrent.


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