NEW YORK | finalement

J’hésite.

J’ai certes fredonné l’Alleluia de Léonard Cohen sur le ferry pour Staten Island mais pourquoi les touristes détiennent-ils toujours des doses si élevées de ridicule? Doivent-ils obligatoirement brandir une flamme imaginaire lorsqu’ils se flashent devant la Statue?

J’ai hélé un cab trop rutilant. J’ai humé, dans le parc de Washington Square, l’odeur de l’herbe coupée comme une réminiscence. J’ai aimé me retrouver par erreur sur le tournage d’un film, entre maquilleuses, semi-remorques et faux buveurs de pastis. Voir des cover-girls sautiller en boucle en haut d’un trottoir. Puis en bas. Puis en haut.

J’ai apprécié l’expérience d’un mojito au thé matcha à Tribeca. Persifler ce diadème céleste en tissu éponge, maintenu en position précise sur une frange effilée. Le serveur a parfois fait, avec les bras, quelques improbables mouvements d’oiseau qui s’envole en vibrant des paupières. A côté de moi au bar, un autre sodomite fluet a raconté qu’il venait de décrocher un travail auprès d’un producteur alléchant, il a entrepris de gazouiller un air d’opéra de sa voix frêle puis s’est inquiété de la quantité de sucre dans son Earl Grey Martini. Il ne voulait pas épaissir avant le spectacle. Ah oui, il venait aussi d’achever son premier court-métrage indépendant et s’est remis à entonner, l’auriculaire dressé et les jambes croisées.

Je n’ai pas manqué d’incarner une lolita entre Soho et Nolita. Là où les cabas se baladent, où les vendeuses nous accueillent moyennant le sourire étincelant d’une réclame publicitaire et ce «how is it going» auquel on ne sait jamais si il est réellement opportun de répondre. On nous choie, on nous pousse à une consommation excessive. On en redemande.

J’ai immortalisé les sept bandes et les novas de la Bourse, ses rivières de Coca Light, les livreurs de pizzas, les porteurs de tensions nerveuses, les cravates qui disparaissent derrière les boiseries des Halles. Prêtes à tremper dans les coqs au vin ou Coulommiers gratinés d’Anthony Bourdain.
J’ai délibérément ignoré, dans un élan de dédain prétendu mais grandiose, le gorille glabre qui salue les ouailles de Abercrombie. Celles qui ont patienté, en file japonaise sur la Fifth Avenue, le droit de fouler le sol ténébreux, pour enfin glousser sous les rares luminaires éclairant ici un short rose, là l’affiche géante d’un matamore surprotéiné avec une main pusillanime recouvrant le prépuce.

Je me suis gaussée des programmes de la télévision locale. Une des concurrentes de «Cupcake War» est dévastée, il ne lui reste plus que cinq minutes pour terminer la cuisson et préparer le glaçage. Tous ses rêves de carrière vont fondre comme ces décorations sur la masse chaude et elle ne pourra se retenir de pleurer face à la caméra.
Pour marquer ma dernière matinée à Manhattan d’une pierre verte, j’ai présumé que j’allais vaincre mes phobies, affronter mes exécrations et je suis entrée dans un Starbucks. Les demoiselles étaient extrêmement antipathiques. La thérapie a échoué.

Et au final, je me suis interrogée: did I ♥ NY?

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2 commentaires pour NEW YORK | finalement

  1. Florence dit :

    Magnifique !!!! hhhhhhhhaaaa mais c extra, extra extra !!! bravo d’avoir renoué ! et merci pour le bonheur de vous lire et de voir vos images

    florence

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